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Des étoiles et des yeux humains pour les voir ..

Abstract

Je vais ici abordé la question des étoiles et des catalogues d'étoiles mais aussi de la limite biologique de l’œil humain qui m'a conduit vers un biais méthodologique la « reconstruction instrumentée »...

Hipparcos

La Hyg Database est un catalogue d'étoile qui dans sa mise à jour HYG 4.2 datant de 2025 comprend 120 000 étoiles. Elle intègre les catalogues Hipparcos, Yale Bright Star, and Gliese. La base est distribuée sous forme d'un fichier CSV d'approximativement 14 MB.

Bon c'est très intimidant au premier abord mais ça reste q'un fichier CSV dont nous n'avons besoin que de quatre éléments :

  • hip qui me sert de clef d'identification dans le catalogue Hipparcos
  • ra : Ascension droite  (right ascension)
  • dec : Déclinaison
  • mag : la magnitude de l'étoile

Revenons à Aagjuuk

Dans l'article de présentation de GrapheStellar, on expliquait le format Json de définition d'une skyculture retenu dans Stellarium.

{ "id": "CON inuit 001",
  "lines":[[97649, 97278]],
  "common_name": {"english": "Two Sunbeams", "native": "Aagjuuk"}
}

Décryptage :

La constellation CON inuit 001 est composée d'une ligne tracée entre les étoiles 97649 et 97278 du catalogue Hypparcos et elle s'appelle Aagjuuk ce qui ce traduit par Two Sunbeams dans la langue de Shakespeare.

Donc dans cet exemple, 97649 et 97278 sont les clefs pour identifier HIP97649 (Altaïr) et HIP97278 (Tarazed) dans le catalogue et accéder aux valeurs ra, dec, mag dont nous avons besoin.

6.5, le soir ...

La limite biologique de l'œil, la magnitude 6.5 ...

Même au sommet de l'Everest ou dans le désert d'Atacama, la structure de la rétine humaine (la densité des bâtonnets) et le diamètre maximal de notre pupille dilatée dans le noir imposent une limite absolue autour de la magnitude 6.5.

Un ciel parfait permet de s'en approcher (atteindre 6.5 au lieu de 4.0 en ville), mais il est biologiquement impossible pour un humain de voir une étoile de magnitude 7.5, et encore moins 9.7.

En produisant la répartition de la population d'étoiles par culture, je poursuivais une interrogation levée par la présence d'étoiles de magnitude supérieure à 6.5 dans certaines cultures.

Des « reconstructions instrumentées »

Il s'agit donc d'un artefact de la recherche moderne: le chercheur a reconstruit l'astérisme à l'aide d' instruments numériques actuels en choisissant de "fausses" étoiles faibles pour compléter une forme géométrique, plutôt que de s'en tenir aux seules étoiles brillantes et moyennes visibles par les créateurs originaux de ces constellations.

  • Chez les Navajo : l'astérisme man-with-feet-apart (l'homme aux pieds écartés), contient l'étoile HIP60019 avec une magnitude de 7.49, ou HIP61542 à 8.5.

  • Chez les Andes Northen : Le nombre total d'étoiles répertoriées est de 89 dont 23 ont une magnitude supérieure à 6.5 ( soit environ 26 %) et certaines étoiles vont même jusqu'à une magnitude de 9.73.

Des approches ethnologiques plus « authentiques »

Si on observe les données de la population d'étoile plus en détail, il apparaît que les cultures Tupi, Tukano et Maya sont les plus cohérentes avec une observation purement humaine et à l'œil nu.

  • Les Tupi : 153 étoiles, magnitude maximale de 6.07
  • Les Tukano : 186 étoiles, magnitude maximale de 6.54
  • Les Maya : 76 étoiles, magnitude maximale de 6.06

Chez eux, aucune étoile ne dépasse (ou ne dépasse significativement) la limite fatidique de 6.5. Cela montre que leur travail de transcription moderne a été fait avec beaucoup de rigueur, en n'associant les constellations qu'à des étoiles que les anciens pouvaient réellement voir !

Quelles conclusions tirer ?

La limite biologique de l'œil impose un indépassable, on peut détecter des reconstructions qui embarquent un biais méthodologique mais l'important est surement ailleurs dans les mythes, les usages et la relation au monde que dans la précision « cartographique» des astérismes.

Si on élargit l'analyse aux autres cultures accessibles dans les sources de Stellarium, on constate le cas singulier des trois cultures d'Afrique noire présentes : Khoi San, Xhosa et Zulu.

Le même modèle se répète, tout les astérismes sont formalisés par un unique segment or les figures qui les illustrent sont bien plus complexes que de simple ligne.

    {
      "id": "CON xhosa 002",
      "lines": [[32349, 30324]],
      "image": {
        "file": "illustrations/the-champion.png",
        "size": [512, 512],
        "anchors": [
          {"pos": [270, 22], "hip": 26311},
          {"pos": [229, 214], "hip": 32349},
          {"pos": [427, 406], "hip": 30438}
        ]
      },
      "common_name": {"english": "The Champion", "native": "iQhawe"}
    },

C'est probablement, un biais fonctionnel instillé par Stellarium, on souhaite présenter une culture stellaire et qu'importe la précision astronomique des astérismes.

Au fond a-t-on besoin de décrire les peintures rupestres de Lascaux au nanomètre près, pour s'en émerveiller ? et je crois que c'est dans Malicorne qu'Hubert Reeves écrivait qu'il avait beau connaître les équations de Maxwell, ça ne lui expliquait toujours pas la beauté qu'il percevait d'un soleil couchant ...